Syndrome de congestion pelvienne

Définition

On estime aujourd’hui que jusqu’à 30 % de femmes souffrant de douleurs pelviennes pourraient être touchées par un syndrome de congestion pelvienne (SCP)[i]. Le SCP est un ensemble de symptômes liés à la présence de varices pelviennes (dilatation anormale de veine dans le petit bassin).

L’Association du syndrome de congestion pelvienne propose cette définition : « Le syndrome de congestion pelvienne est une pathologie douloureuse résultant d’une insuffisance veineuse pelvienne chronique et entrainant des varices du périnée et des jambes ». 

Le Dr Quentin Sénéchal, radiologue interventionnel et membre du comité scientifique de L'Association du syndrome de congestion pelvienne explique au magazine Magicmaman que le SCP est une pathologie veineuse qui prend son origine dans l’inversion du flux d’une veine ovarienne ou pelvienne, ce qui entraine un reflux et une stagnation du sang dans le bas du corps. Cette stagnation est responsable de varices abdominales, pelviennes et parfois des membres inférieurs. En temps normal, le sang remonte vers le cœur. Dans le cas du SCP, il descend vers le pelvis. Cette accumulation de sang dans les varices pelviennes provoque alors une inflammation, qui peut être à l’origine de fortes douleurs[iv].

Le Dr Marine Bravetti, intervenue lors du Webinaire organisé par Embolyon, Tout savoir sur les varices pelviennes, définit le SCP comme étant l’ensemble des douleurs liées à la mise en tension des parois veineuses pelviennes et aux processus inflammatoires qui lui sont associés[v].

Regardons maintenant ce qu’est une varice

Une varice est une dilatation anormale d’une veine. Par varices pelviennes, on entend les varices du pelvis (petit bassin). Il peut y avoir des varices pelviennes, des varices vésicales, des varices rectales, des varices vulvaires, des varices fessières, des varices dans les cuisses, les membres inférieurs etc. Normalement, le sang qui circule dans les veines retourne au cœur grâce à différents mécanismes dont les valvules. En effet les veines sont dotées de replis membraneux situés à l'intérieur de la veine, appelés valvules, qui empêchent le sang de refluer. De la même manière que les varices des membres inférieurs, les varices pelviennes résultent d’une combinaison d’éléments à savoir une dysfonction des valvules veineuses (voir une absence de valvules dans les veines ovariennes[vi]), une inversion de la circulation du sang et une stagnation sanguine[vii]. Stagnation qui favorise ensuite l’inflammation, laquelle peut altérer davantage les vaisseaux sanguins[viii]. Différents facteurs peuvent expliquer la survenue de varices et du SCP (à retrouver dans le tome 1 de l'ebook Soulager naturellement le syndrome de congestion pelvienne).

Le Dr Charles Mastier, intervenu lors du webinaire Tout savoir sur les varices pelviennes, organisé le 20 juin 2023 par Embolyon[ix] explique que les varices surviennent à cause :

  • Soit d’une dilatation et d’un reflux des veines gonadiques ou iliaques internes, par exemple pendant et après les grossesses, avec du sang qui stagne dans le pelvis au lieu de remonter vers le cœur.
  • Soit d’un obstacle au retour veineux (congénital ou acquis):
    • On retrouve ici le syndrome de Nutcraker dit aussi syndrome de casse-noisette, défini comme la compression de la veine rénale gauche dans la pince aorto-mésentérique pour sa forme antérieure, ou la compression de la veine rénale gauche entre l’aorte et le rachis pour sa forme postérieure et exceptionnellement comme la survenue de ces deux phénomènes simultanément dans la forme combinée survenant sur duplication de la veine rénale gauche[x].
    • On retrouve également le syndrome de Cockett (ou syndrome de May-Thurner), défini comme la compression de la veine iliaque commune gauche par l’artère iliaque primitive droite contre les vertèbres lombaires.
    • Cela peut être aussi des compressions par des tumeurs ou encore des veines occluses à la suite de thromboses ou de variantes anatomiques. Ici il faut comprendre que lorsqu’une veine est comprimée, pour une raison ou une autre, le sang est dévié, ce qui peut créer des blocages et une stagnation veineuse ailleurs. 

Le Dr Charles Mastier explique qu’une fois que les varices sont apparues, ces veines non fonctionnelles peuvent avoir trois modes d’expression :

  • Les varices asymptomatiques, ce qui représenterait 70% des cas. En effet, les varices peuvent ne pas être douloureuses quand la pression n’est pas très importante, et quand le sang trouve une sortie vers le cœur sans stagner dans le pelvis.
  • Les varices périnéales et/ou des membres inférieurs. Ici le sang va trouver une porte de sortie à cause de la pression dans le pelvis, mais vers le bas, le périnée et/ou les jambes au lieu de remonter vers le cœur. On retrouvera ici des varices vulvaires, des varices face postérieure des cuisses, des varices sur la racine interne des cuisses, des varices des jambes…
  • Le syndrome de congestion pelvienne (SCP). Ici, il n’y a pas de sortie significative, le sang stagne dans le pelvis sans remonter efficacement vers le cœur et on retrouve une pression veineuse constante dans le pelvis à l’origine de lourdeur, pesanteur et douleurs chroniques. Cela peut avoir des formes assez atypiques et des formes assez aigues. Il y pourra y avoir aussi des varices périnéales, des varices vulvaires, des varices fessières, et des varices des membres inférieurs.

Dans les faits, ces deux derniers modes d’expression sont souvent regroupés ensemble. Ce qu’il est important de comprendre ici c’est qu’on ne parle finalement de SCP que lorsque les varices pelviennes provoquent un reflux et une stagnation du sang ainsi que des douleurs chroniques. La seule présence de varices pelviennes, souvent asymptomatiques, ne permet donc pas d’évoquer un SCP.

Par ailleurs, dans la littérature scientifique, le terme troubles veineux pelviens est préféré à celui de SCP pour se référer à tous les troubles pelviens qui auraient une cause veineuse.  Cela inclut le SCP, le syndrome de Cockett et le syndrome de Nutcraker [xi]

Pour aller plus loin, je vous invite à lire les informations réunies par l’Association du syndrome de congestion pelvienne et à regarder les différents schémas proposés. Si vous préférez les vidéos, je vous conseille celle-ci en 3D proposée par l’université Lyon 1: Vascularisation des organes pelviens féminins (14 minutes). En effet, la connaissance de l’anatomie veineuse du pelvis est essentielle à la compréhension du SCP.

Symptômes

Les symptômes vont considérablement varier d’une personne à l’autre, en fonction des veines atteintes, des causes du SCP et des manifestations de la douleur. Voici toutefois une liste de symptômes possibles[xiv] :

  • Douleur pelvienne chronique, c’est-à-dire depuis plus de trois à six mois, avec notamment une sensation de pesanteur et de lourdeur pelvienne pouvant irradier dans les cuisses,
  • Douleur d’un côté ou des deux côtés de l’abdomen,
  • Douleur accentuée par la position debout ou assise prolongée,
  • Douleur accentuée par l’activité, comme marcher, et soulagée en s’allongeant,
  • Douleurs pendant ou après les rapports sexuels (dyspareunies), en particulier après la pénétration et/ou un orgasme,
  • Douleur qui peut être accentuée autour de l’ovulation, la semaine précédant les règles et les premiers jours de règles,
  • Abdomen gonflé,
  • Ballonnements, troubles digestifs et troubles du transit (constipation, diarrhée ou alternance des deux) pouvant faire penser à un syndrome de l’intestin irritable ou à une colopathie fonctionnelle,
  • Envie pressante et fréquente d’uriner avec ou sans douleurs urinaires, symptômes pouvant faire penser à une infection urinaire ou à une cystite interstitielle (inflammation de la vessie sans cause infectieuse),
  • Douleurs au rectum pouvant être accentuées à la défécation,
  • Hémorroïdes,
  • Présence de sang dans les selles ou dans les urines,
  • Jambes lourdes et/ou douleurs des membres inférieurs,
  • Impatience des jambes,
  • Démangeaisons,
  • Douleurs sacro-lombaires,
  • Douleurs fessières,
  • Douleurs articulaires dans le bassin et les hanches[xv],
  • Douleurs autour du vagin et de la vulve (avec ou sans varices vulvaires),
  • Douleurs de type neuropathique : brûlures, picotements, engourdissements, démangeaisons, décharges électriques. Cela peut faire penser à une sciatique, une pudendalgie, une cruralgie, une vulvodynie (douleur de la vulve) dont vestibulodynie (douleur au niveau du vestibule), une douleur au nerf tibial etc. 
  • Fatigue physique en fin de journée ou fatigue chronique,
  • Fort impact psychologique pouvant conduire à de l’anxiété et/ou à une dépression,
  • Impact possible sur la vie sociale, la vie de couple et la vie professionnelle.

A noter que l’aggravation des douleurs au fur et à mesure de la journée, en activité, en position debout ou assise prolongées, est un bon indicateur pour mettre sur la piste d’un SCP. De même que l’aggravation des douleurs après un rapport sexuel. Toutefois, la douleur peut s’avérer constante, du matin au soir, à certaines périodes du cycle (périodes ovulatoire, prémenstruelle et menstruelle), et pour différentes raisons : pathologies associées ; hypersensibilité pelvienne ; période de canicule etc. 

On comprend avec cette liste de symptômes possibles que les manifestations cliniques du SCP sont très variées et les symptômes ne sont pas tous spécifiques à ce syndrome. Cela explique en partie le long parcours d’errance médicale que beaucoup de personnes connaissent. 

On comprend aussi que les symptômes vont considérablement varier d’une personne à une autre, en fonction de la localisation des varices (varices pelviennes, varices vésicales, varices rectales, varices vulvaires, varices fessières, des varices dans les cuisses, les membres inférieurs …) et de différents facteurs que j'explique dans le tome 1 de l'ebook Soulager naturellement le syndrome de congestion pelvienne.

J’attire enfin votre attention sur le fait que si vous vous reconnaissez dans l’un des symptômes décrits, cela ne suffit pas à dire que vous avez un SCP. Seul un médecin pourra poser un diagnostic.

Diagnostic

Aujourd’hui, le diagnostic passe avant tout par un interrogatoire et un examen clinique associés à un bilan d’imagerie : IRM pelvienne et échodoppler abdomino-pelvien. Pour avoir des recommandations de professionnels compétents pour le diagnostic, je vous invite à consulter l’annuaire de l’Association du Syndrome de congestion pelvienne.

Interrogatoire et examen clinique

Le diagnostic est évoqué à l’interrogatoire et à l’examen clinique conduisant le médecin traitant ou le gynécologue à orienter le ou la patient·e chez un médecin vasculaire.

Des varices visibles sur les jambes associées à des symptômes de congestion pelvienne doivent notamment alerter les professionnels de santé, de même qu’une aggravation des douleurs pelviennes en fin de journée, en position debout ou assise prolongées. Un diagnostic d’endométriose, d’adénomyose, de fibromes utérins, de syndrome des ovaires polykystiques… occasionnant également des douleurs pelviennes et lombaires, ne doit pas systématiquement écarter l’intérêt de poursuivre le bilan car certaines personnes peuvent cumuler l’une de ses pathologies avec le SCP.

Un bilan d’imagerie sera ensuite nécessaire pour confirmer ou non le diagnostic.

Bilan d’imagerie

L’échographie endovaginale peut être réalisée en première intention mais elle doit être réalisée par un radiologue qui connait les varices pelviennes au risque de passer à côté. Cet examen n’est pas toujours recommandé pour les personnes vierges ou ne souhaitant pas un examen invasif.

L’imagerie par résonnance magnétique (IRM) est l’examen de référence et présente l’avantage de ne pas être invasif. Là encore le radiologue doit connaitre les varices pelviennes pour ne pas passer à côté.

Si ces examens révèlent des varices pelviennes et si le ou la patient·e se plaint de douleurs, un échodoppler des membres inférieurs et un échodoppler abdomino-pelvien devront ensuite être réalisés pour confirmer le diagnostic. En effet, l’échodoppler est un examen qui vise à observer la circulation du sang dans certains vaisseaux du corps. Il associe l’échographie, qui permet de visualiser les vaisseaux, à une fonction doppler, qui permet d’observer les conditions d’écoulement du sang dans ces vaisseaux. Ces examens permettront de savoir si les varices refluent ou non. Ces examens ne sont pas invasifs.

D’autres examens, notamment un angioscanner ou une phlébographie, pourront ensuite être proposés en fonction de la situation.

Ce bilan d’imagerie servira aussi à déterminer l’étiologie des varices pelviennes et les facteurs favorisants. Il permettra notamment de déterminer s’il y a un reflux des varices pelviennes, une compression (syndrome de Nutcraker, syndrome de Cockett, tumeur …) ou une occlusion (thrombose d’une veine).

Il ne faut pas hésiter à faire relire les examens déjà faits en cas de doute, soit par un autre angiologue ou radiologue soit sur le site Deuxième avis.

Conclusion

Pour en savoir plus sur ce syndrome, sa prise en charge, les facteurs de risque (endométriose, adhérences, grossesses, ovaires polykystiques, fibromes...), et pour découvrir des outils pour soulager les symptômes en complément de la prise en charge médicale et d'une embolisation passée ou à venir, je vous invite à regarder le tome 1 de l'ebook Soulager naturellement le syndrome de congestion pelvienne.

Références

[i] Bałabuszek K, Toborek M, Pietura R. Comprehensive overview of the venous disorder known as pelvic congestion syndrome. Ann Med. 2022 Dec;54(1):22-36. doi: 10.1080/07853890.2021.2014556. PMID: 34935563; PMCID: PMC8725876.

[ii] Diagnosis and treatment of pelvic congestion syndrome : UIP consensus document.

[iii] Eklof B, Perrin M, Delis KT, Rutherford RB, Gloviczki P; American Venous Forum; European Venous Forum; International Union of Phlebology; American College of Phlebology; International Union of Angiology. Updated terminology of chronic venous disorders: the VEIN-TERM transatlantic interdisciplinary consensus document. J Vasc Surg. 2009 Feb;49(2):498-501. doi: 10.1016/j.jvs.2008.09.014. PMID: 19216970.

[iv] https://www.magicmaman.com/syndrome-de-congestion-pelvienne-maladie-meconnue-souvent-confondue-avec-l-endometriose,3690972.asp

[v] Tout ce que vous devez savoir sur les « varices pelviennes » ! – Embolyon, Dr Charles Mastier, 20 juin 2023, Meredith Santé.

[vi] Bałabuszek K, Toborek M, Pietura R. Comprehensive overview of the venous disorder known as pelvic congestion syndrome. Ann Med. 2022 Dec;54(1):22-36. doi: 10.1080/07853890.2021.2014556. PMID: 34935563; PMCID: PMC8725876.

[vii] Phillips D, Deipolyi AR, Hesketh RL, Midia M, Oklu R. Pelvic congestion syndrome: etiology of pain, diagnosis, and clinical management. J Vasc Interv Radiol. 2014 May;25(5):725-33. doi: 10.1016/j.jvir.2014.01.030. PMID: 24745902.

[viii] Bałabuszek K, Toborek M, Pietura R. Comprehensive overview of the venous disorder known as pelvic congestion syndrome. Ann Med. 2022 Dec;54(1):22-36. doi: 10.1080/07853890.2021.2014556. PMID: 34935563; PMCID: PMC8725876.

[ix] https://www.youtube.com/watch?v=bc1LuJSZgt4

[x] https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2542451321002509?via%3Dihub

[xi] Meissner MH, Khilnani NM, Labropoulos N, Gasparis AP, Gibson K, Greiner M, Learman LA, Atashroo D, Lurie F, Passman MA, Basile A, Lazarshvilli Z, Lohr J, Kim MD, Nicolini PH, Pabon-Ramos WM, Rosenblatt M. The Symptoms-Varices-Pathophysiology classification of pelvic venous disorders: A report of the American Vein & Lymphatic Society International Working Group on Pelvic Venous Disorders. J Vasc Surg Venous Lymphat Disord. 2021 May;9(3):568-584. doi: 10.1016/j.jvsv.2020.12.084. Epub 2021 Jan 30. PMID: 33529720.

Rezaei-Kalantari K, Fahrni G, Rotzinger DC, Qanadli SD. Insights into pelvic venous disorders. Front Cardiovasc Med. 2023 Jan 19;10:1102063. doi: 10.3389/fcvm.2023.1102063. PMID: 36742076; PMCID: PMC9892065.

Diagnosis and treatment of pelvic congestion syndrome : UIP consensus document.

[xiv] Bałabuszek K, Toborek M, Pietura R. Comprehensive overview of the venous disorder known as pelvic congestion syndrome. Ann Med. 2022 Dec;54(1):22-36. doi: 10.1080/07853890.2021.2014556. PMID: 34935563; PMCID: PMC8725876.

Phillips D, Deipolyi AR, Hesketh RL, Midia M, Oklu R. Pelvic congestion syndrome: etiology of pain, diagnosis, and clinical management. J Vasc Interv Radiol. 2014 May;25(5):725-33. doi: 10.1016/j.jvir.2014.01.030. PMID: 24745902.

Ignacio EA, Dua R, Sarin S, Harper AS, Yim D, Mathur V, Venbrux AC. Pelvic congestion syndrome: diagnosis and treatment. Semin Intervent Radiol. 2008 Dec;25(4):361-8. doi: 10.1055/s-0028-1102998. PMID: 21326577; PMCID: PMC3036528.

Meissner MH, Khilnani NM, Labropoulos N, Gasparis AP, Gibson K, Greiner M, Learman LA, Atashroo D, Lurie F, Passman MA, Basile A, Lazarshvilli Z, Lohr J, Kim MD, Nicolini PH, Pabon-Ramos WM, Rosenblatt M. The Symptoms-Varices-Pathophysiology classification of pelvic venous disorders: A report of the American Vein & Lymphatic Society International Working Group on Pelvic Venous Disorders. J Vasc Surg Venous Lymphat Disord. 2021 May;9(3):568-584. doi: 10.1016/j.jvsv.2020.12.084. Epub 2021 Jan 30. PMID: 33529720.

[xv] Dr Ahmad CHAMATAN, Les Varices Pelviennes de la femme et le syndrome de congestion pelvienne, La lettre de la clinique de Flandre et Villette, janvier 2022.

Huang C., Shelkey J., Singh H., Silvis M., Chronic hip pain as a presenting symptom in pelvic congestion syndrome, J Vasc Interv Radiol. 2013; 24: 753-755

[xvi] https://www.radrap.ch/comptesrendus/265#post